mon secret: Louis Marin – Corriger les lieux

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L’océan en  son advenir ne corrige ni s’efface dans sa venue, à son départ, ne donne ni ne prend. Car Venir est, dans un son instant bref, est contemporain de partir.et
Partir, au plus loin grand son extrême de l’éloignement, à l’son horizon indiscernable du de ciel est le commencement d’un retour. Au plus proche, au plus lointain, le temps. le temps. Le temps ici s’inscrit dans l’espace; tout au plus, au plus lointain, l’espace ici maintenant se meut au fil selon la marche du temps; dans l’un, un moment, au plus proche, ces cailloux noirs, ces herbes sèches que le vent échevelle, au plus vaste dans l’autre, au plus vaste, dans la distance qui s’accroît, de grandes orbes concentriques au à un centre qui se déplace et se creuse dans un repli redan de la falaise: le moment temps ici se fait lieu, irrepérable, irréparable, l’espacesinon dans l’espace maintenant en cet exp cette répétition, maintenant, se devient déjà moment, toujours, au plus proche, au plus loin. La trace du passage, en son sillon, in the wake of the Flood, déjà, rempli trace en une permanente invite lunaire un remplissement mesuré au plus par le lointain, par delà dans l’inscrutable horizon blanc; comme comme la montée du retour toujours s’efface pour une la perte instantanée, d’un coffre de marin un évènement, à l’aplomb du saillant où la côte s’avance vers une renc nécessaire rencontre nécessaire, la perte d’un coffre de marin à demi enfoncé dans le sable; qui dans à son arrivée, repartira. Evènement, présent immobile du rythme où la présence et l’absence s’intensifient l’une l’autre, à leur exacte mesure; état d’un flux pour toujours arrêté à ce lieu, déjà en mouvement à partir de cette image.

Louis Marin – 1991 – à partir d’une photographie de Judith Marin – Revue Trois: Corriger les Lieux

Mon père m’appelait souvent à son bureau lorsqu’il écrivait un article où il analysait une oeuvre afin que nous vérifions ensemble les couleurs.  Je peignais alors à l’huile et réalisait bon nombre de copies de maitres comme autant d’exercices à mon apprentissage. Ainsi, je décomposais la couleur des différentes zones du tableau qu’il me désignait: « Ici, on a une base de terre de sienne avec du blanc, un peu d’ocre jaune et aussi une pointe de vermillon » ou encore « Par là, l’ombre portée est faite d’un mélange de vert émeraude et d’outre-mer foncé »… J’étais si fière de pouvoir l’aider dans ses recherches.
Mon père dessinait très bien. A sa maladie, il a souhaité que je lui apprennes l’aquarelle. Nous partions bras-dessus bras-dessous peindre sur le vif. Sa mort fut un écroulement. Tout ce à quoi je croyais s’est effondré d’un coup. Le lien de peinture si fort qui nous unissait était rompu lui aussi et tout ce qui me constituait n’était plus. C’est toute ma passion qui ne pouvait plus être et je me refusais à la peinture.
Le deuil. Plus de couleurs , toutes les couleurs en une seule: le noir. Plus de pinceaux, ni de brosses, tout est un outil de peinture emprunté à la vie quotidienne. Ces noires empreintes m’ont redonnée vie comme ces moments partagés avec mon père qui semblaient remplir alors ce qui allait devenir un grand vide.
Pendant sa maladie, mon père m’avait proposé d’illustrer un article qu’il devait écrire sur le thème « corriger les lieux ». Il me demanda ensuite de lui apporter plutôt une création de mon choix sur laquelle il écrirait un texte. J’apprenais alors un peu la photographie en école d’art et bien que j’en tirais beaucoup de plaisir, je n’étais pas douée. Cette photo-ci n’est pas bonne mais elle me ressemble car elle aurait pu devenir (et deviendra peut-être) un sujet de peinture. Quant au texte, mon père s’amusa beaucoup, il l’écrivit comme un poème. Il souhaita qu’il soit publié comme il l’avait écrit avec ratures et hésitations entre les mots.

Judith Marin, 2011